Quelques brèves réflexions de Jean-Xavier de Lestrade.
Une réflexion sur la justice
Le film The Staircase (Soupçons) est le prolongement de la réflexion entamée avec La Justice des Hommes et Un coupable idéal sur les rouages de l’institution judiciaire et sur la notion même de justice. Pour la majorité d’entre nous cette notion de justice signifie que chacun est responsable individuellement de ses actes et qu’il ne peut-être jugé et condamné qu’en fonction de ce qu’il a commis.
Brenton Butler – le jeune américain au centre de Un coupable idéal - n’avait pas tué Madame Stephens. Il était donc innocent. Pourtant, aux yeux de la presse, des policiers, du procureur et de la population de Jacksonville il était un parfait coupable. Car à travers son arrestation, cette affaire montrait une police efficace, diligente et rapide. C’est ainsi que pour protéger l’institution, les services de police et du procureur étaient prêts à faire condamner un innocent. Sans état d’âme.
Où est la vérité ?
Dans The Staircase, l’affaire Michael Peterson présente une situation totalement différente. Michael a-t-il commis le crime ? Je ne saurais répondre avec certitude. L’intérêt premier est évidemment ailleurs. L’accusé est, cette fois, fortuné et connu. Il peut se payer les services d’un avocat criminel --David Rudolph--, réputé comme étant l’un des meilleurs de Caroline du Nord. Et là il est passionnant de disséquer, à travers le film, les moyens mis en œuvre par cet avocat pour organiser la défense de son client qui dépensera 1 million d’euros.
Parce que nous avons pu filmer sans restrictions toutes les démarches de la défense (enquête, interviews de témoins, réunions d’experts, détermination du profil du juré idéal, conversations avec le client… ), nous nous rendons compte que tout est mis au service d’un seul but : l’acquittement. Il s’agit par exemple d’écarter, avant le procès, tous les faits gênant pour le client et de ne retenir que ceux qui servent sa cause. Il s’agit aussi, à travers des enquêtes d’opinion très pointues, de déterminer quel type de juré sera le plus réceptif à la thèse de la défense.
Et la démarche du Procureur est identique. Il ne s’agit plus d’établir avec exactitude les faits qui se sont déroulés cette nuit-là, et donc de savoir si Michael Peterson a tué ou non sa femme, mais seulement de gagner ou de perdre. On ne parle plus que de victoire ou de défaite… Et parce que le procès n’est que l’affrontement de deux versions d’une même histoire, il ne peut être une recherche de la vérité.
Mais alors que devient la justice hors de cette quête-là ?